En Guinée, le contraste entre la parole publique des dirigeants et leurs choix privés continue d’alimenter le débat. La récente sortie du ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens de l’Étranger, Morissanda Kouyaté, invitant les compatriotes établis en Allemagne à regagner le pays, n’a pas échappé à la controverse.
Un plaidoyer pour le « brain gain »
Lors de ses échanges avec la diaspora en Europe, le chef de la diplomatie guinéenne a mis en avant les opportunités de développement et les perspectives de reconstruction nationale. Le message est clair : encourager le retour des compétences afin de contribuer activement à l’essor du pays.
Pour les autorités, il s’agit de promouvoir un nouveau récit national, dans lequel l’exil ne serait plus perçu comme l’unique horizon et où la participation des Guinéens de l’étranger deviendrait un levier stratégique de croissance.
Une crédibilité questionnée
Cependant, cet appel au patriotisme se heurte à des interrogations. Des observateurs relèvent un décalage entre ce discours incitatif et le fait que certains responsables publics choisissent d’envoyer leurs propres enfants poursuivre leurs études à l’étranger, notamment aux États-Unis.
Ce contraste soulève plusieurs enjeux :
La crédibilité du message officiel : comment convaincre les jeunes diplômés de rentrer si les décideurs semblent privilégier les systèmes éducatifs étrangers pour leurs familles ?
L’inégalité des opportunités : cette situation met en lumière la fracture entre une élite disposant de ressources suffisantes pour garantir une formation internationale à ses enfants et une jeunesse appelée à faire preuve de patience et de sacrifice.
L’attractivité des infrastructures nationales : l’appel au retour pose, en filigrane, la question de la compétitivité des universités et du marché de l’emploi guinéens face à ceux des pays du Nord.
Un débat plus large sur la cohérence politique
Au-delà d’un cas particulier, cette polémique reflète un débat plus profond sur la cohérence entre les engagements publics et les pratiques privées des responsables.
Pour nombre d’analystes, le véritable défi pour la diplomatie guinéenne ne se limite pas à mobiliser la diaspora, mais consiste aussi à réduire l’écart entre les ambitions affichées et les réalités vécues.
Dans un contexte où la confiance citoyenne demeure fragile, la crédibilité des réformes et la capacité des dirigeants à incarner le changement qu’ils prônent apparaissent plus que jamais déterminantes.
Aicha Sylla pour Yimbayanews.com




























