Les autorités guinéennes sont sorties de leur réserve face aux critiques et aux interrogations suscitées par les récentes expulsions de migrants en provenance d’Europe, notamment d’Allemagne. Dans une déclaration à la presse, le ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté, a clarifier la position de Conakry, rejetant toute idée « d’exclusions arbitraires ».
Selon lui, les ressortissants concernés sont des personnes « ayant épuisé tous les recours légaux » dans les pays d’accueil.
« Il ne reste plus que la prison ou le renvoi. Nous avons choisi de les accueillir », a-t-il affirmé, en présence de l’ambassadrice d’Allemagne.
Évoquant le nombre de Guinéens concernés, le ministre a indiqué que près de 6 000 compatriotes seraient actuellement en difficulté à l’étranger. Il s’est toutefois abstenu de communiquer des données précises sur les précédentes vagues de renvois vers la Guinée, estimant qu’une telle divulgation pourrait alimenter la polémique.
Il a également rappelé que les expulsions ne concernent pas uniquement la Guinée. « D’autres pays sont touchés. Un État d’Afrique du Nord a enregistré 7 800 expulsions », a-t-il souligné, appelant à replacer la situation dans un contexte international plus large.
Une « pause » demandée à l’Allemagne
Concernant les relations avec Allemagne, Conakry affirme avoir demandé une pause dans l’application des procédures de renvoi. En cause : des accusations de mauvais traitements formulées par certains Guinéens expulsés.
« Nous allons enquêter ensemble pour vérifier ces allégations », a assuré le ministre Morissanda, plaidant pour une coopération bilatérale apaisée. L’objectif affiché est de « voir comment nos relations peuvent être bonnes dans l’application de ces décisions, pour que les deux parties soient satisfaites ».

Il a insisté sur la nécessité de privilégier la négociation diplomatique. « Nous ne sommes pas tout-puissants. L’Allemagne non plus. Chacun a ses droits et ses règles. Il faut négocier pour le bien de nos compatriotes », a-t-il déclaré.
Le rôle de l’Union européenne et la question des pays tiers
Refusant de faire de Berlin le seul responsable, le responsable guinéen a élargi le débat à l’échelle de l’Union européenne. Selon lui, la politique de renvoi s’inscrit dans un cadre communautaire impliquant plusieurs États membres.
Il a également évoqué le mécanisme dit du « pays tiers », par lequel un migrant peut être transféré vers un autre État signataire d’un accord d’accueil lorsque son pays d’origine refuse de le reprendre. « Ce phénomène existe et il faut en tenir compte », a-t-il expliqué.
Entre contraintes et pression internationale
Les autorités reconnaissent les limites de leur marge de manœuvre. « Nous avons un problème avec nos compatriotes en situation irrégulière. Nous ne pouvons pas tout dire. Le monde entier nous regarde », a conclu le ministre.


Dans un contexte où les questions migratoires suscitent de vives réactions au sein de l’opinion publique, Conakry entend privilégier la voie diplomatique, tout en cherchant à préserver les intérêts de ses ressortissants à l’étranger.
Mohamed said Azhary pour Yimbayanews.com



























