En Guinée-Bissau, l’épisode présenté comme un coup d’État ayant écarté le président Umaro Sissoco Embalo suscite de vives interrogations. Derrière l’annonce d’une transition politique, plusieurs observateurs relèvent une forte continuité au sein de l’appareil d’État, alimentant l’idée d’un changement plus formel que réel.
Le nouveau Premier ministre, Illidio Vieira Té, ancien directeur de campagne du président déchu, cumule désormais cette fonction avec le portefeuille des Finances, un poste stratégique au cœur de l’exécutif. Autre figure proche de l’ancien régime, Diniz N’Tchama, ex-aide militaire d’Embalo, a été nommé porte-parole du gouvernement. La transition est dirigée par le général Horta Inta-a, un allié de longue date de l’ancien chef de l’État.
La composition du gouvernement confirme cette impression de continuité : sur les 28 ministres nommés, une majorité est issue du cercle des collaborateurs d’Embalo. Une configuration qui alimente les doutes quant à la nature du changement intervenu au sommet de l’État.
Une transition sous surveillance
Plusieurs éléments alimentent les critiques évoquant un coup d’État « de façade » :
Absence de purge au sein des anciens cercles politiques et militaires ;
Maintien de personnalités clés du régime précédent à des postes d’influence ;
Manque de programme politique clair ou de revendications populaires justifiant une rupture ;
Contrôle étroit des finances publiques et de la communication gouvernementale par d’anciens proches du président Embalo ;
Faible transparence concernant le traitement des opposants.
Selon certains analystes, cette situation pourrait correspondre davantage à une opération de repositionnement interne qu’à un renversement du pouvoir. L’objectif présumé : préserver les équilibres existants, protéger les intérêts des élites en place et rassurer les acteurs internationaux tout en conservant les mêmes réseaux d’influence.
Enjeux et risques pour la transition
Cette continuité au sommet de l’État pourrait entraîner plusieurs conséquences :
Un déficit de légitimité, dans un contexte où la population attend un véritable changement ;
Un blocage des réformes, faute de renouvellement des acteurs politiques ;
Un risque de manipulation du narratif national, la transition étant présentée comme une rupture alors qu’elle conserve les structures existantes ;
Une possible polarisation, si les forces d’opposition considèrent la transition comme un simple simulacre.
Le cas bissau-guinéen s’inscrit ainsi dans une dynamique observée dans d’autres contextes politiques africains : des transitions qui modifient les visages du pouvoir sans en transformer profondément les mécanismes. Un scénario qui ne met pas fin aux interrogations sur l’avenir institutionnel et politique du pays.
Mohamed Said Azhary pour Yimbayanews.com




























