Dar es Salaam, 31 octobre 2025 — La Tanzanie traverse une crise politique d’une rare intensité. Confrontée à une contestation populaire grandissante, la présidente Samia Suluhu Hassan a ordonné, le 30 octobre, un déploiement massif des forces armées dans plusieurs grandes villes du pays, notamment Dar es Salaam, Dodoma, Arusha et Mwanza.
Chars de combat, véhicules blindés, drones de surveillance et brigades anti-émeutes occupent désormais les rues, dans une démonstration de force qui rappelle, pour de nombreux observateurs, les dérives autoritaires de certains régimes africains.
Un climat post-électoral explosif
Cette militarisation intervient sur fond de scrutin contesté, marqué par l’exclusion de l’opposition et des irrégularités dénoncées par les observateurs internationaux. L’arrestation de Tundu Lissu, figure emblématique de la résistance démocratique, a accentué la colère de la population. Dans les rues, les slogans se multiplient :
> « Samia, tu n’es pas notre choix ! »
« Le peuple veut voter, pas se taire ! »
« Libérez Lissu, libérez la Tanzanie ! »
Couvre-feu et coupure d’Internet
Craignant un effondrement institutionnel, la présidence a instauré un couvre-feu total, suspendu les activités parlementaires et ordonné la coupure d’Internet à l’échelle nationale. Les réseaux sociaux sont bloqués, les médias indépendants réduits au silence, et plusieurs journalistes étrangers auraient été expulsés. Une stratégie de blackout qui vise à freiner la mobilisation, mais qui semble au contraire renforcer la détermination des manifestants.
Répression et peur généralisée
Les forces de sécurité procèdent à des arrestations massives et à des opérations nocturnes musclées dans les quartiers populaires. Des vidéos circulant clandestinement montrent des scènes de violences : des manifestants humiliés, des enfants exposés aux gaz lacrymogènes et des leaders communautaires arrêtés sans mandat.
Un tournant autoritaire
Samia Hassan, première femme présidente de Tanzanie, était initialement perçue comme le symbole d’un renouveau démocratique après la mort de John Magufuli. Mais son virage sécuritaire et la militarisation du pouvoir inquiètent désormais la communauté internationale et les défenseurs des droits humains.
Certains analystes évoquent même la possibilité d’un coup d’État militaire, alimenté par les tensions internes au sein des forces armées et les divergences au sommet de l’État.


La Tanzanie semble engagée dans une zone de turbulence historique, où la confrontation entre légitimité populaire et pouvoir répressif pourrait redéfinir durablement l’avenir politique du pays.
Alhassane Djaffa pour Yimbayanews.com




























